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[PUB] Gitoyen, un opérateur Internet non-marchand


[Paru initialement dans Rouge à l'été 2001.]

Fidèle à son image d'homme de gauche, Jacques Chirac, après s'être penché sur la fracture sociale et avant de s'inquiéter des objections de certains à la mondialisation impérialiste, s'est demandé si la fracture numérique ne risquait pas de devenir un problème essentiel. Par ce terme de fracture numérique, on entend en général la distance qui va s'établir entre ceux qui maitrisent les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et les autres. Comme pour l'écrit, les exigences sociales s'élèvent : si un analphabète pouvait devenir empereur romain, aujourd'hui, il ne peut même pas être jardinier. Demain, être coupé d'Internet sera t-il une mort sociale ?

Cet article ne suffira pas à épuiser tous les aspects de la question. Je ne me demanderai donc pas si l'accès à Internet est un droit de l'homme fondamental, ou bien si l'Internet est un danger pour la société. Je partirai simplement de ce point : que peuvent faire des militants pour réduire la fracture numérique ?

Celle-ci n'existe pas que quantitativement. Un opérateur Internet fait en ce moment circuler une pétition dont la forme copie des actions militantes ("Nous disons non à l'Internet trop cher") mais dont le fond, à part les critiques de France Télécom, se résume à une revendication quantitative : il faut que tout le monde puisse surfer vite.

Or, la principale fracture numérique est qualitative : elle n'oppose pas ceux qui sont connectés à bas débit et ceux qui ont une ligne ADSL. Elle oppose ceux qui produisent de l'information et ceux qui la consomment. Les opérateurs privés comme celui cité plus haut ne veulent pas qu'il y aie plus de producteurs, mais plus de consommateurs. Ils ne veulent pas que "cent fleurs s'épanouissent", mais que des millions de porte-monnaie puissent regarder (à grande vitesse) le site Web de Coca-Cola ou de TF1.

C'est contre cette fracture numérique là que Gitoyen a été fondé.

Pour comprendre ce que fait Gitoyen, il faut revenir sur les différents acteurs qui participent à un échange d'information sur Internet : il y a le lecteur, il y a l'auteur du texte (ou de l'image), et il y a un vaste ensemble d'opérateurs, de celui qui possède le câble physique, à celui qui "l'allume", dans le jargon des télécom, en passant par ceux qui gèrent les fonctions spécifiques à Internet : nommage (les noms domaines comme lcr-rouge.org), routage (que les messages pour Paris n'arrivent pas à Tokyo), hébergement de serveurs (les ordinateurs qui stockent temporairement le courrier électronique, ceux qui hébergent les pages Web, etc).

Ces opérateurs sont souvent clients les uns des autres. Par exemple, l'hebergeur de pages Web est client d'un opérateur qui lui fournit sa connectivité à Internet.

Presque tous ces opérateurs sont des entreprises privées, suivant une logique capitaliste (même si certaines sont issues d'un service public bien oublié). Toutes ? Non, presque toutes. Car une des spécificités de l'Internet est qu'une alternative non-commerciale est possible. Dans d'autres secteurs industriels, il parait complètement irréaliste de vouloir lancer une alternative non-commerciale : les frais sont trop élevés. A la rigueur, un monopole public, mais pas un regroupement militant.

Mais l'Internet est différent : issu de recherches non-marchandes, il abrite toujours une forte communauté d'acteurs qui refusent la logique marchande. Cette communauté est, c'est le pari de Gitoyen, assez forte pour concurrencer le secteur commercial, au moins en partie.

Bien sûr, il y a déjà des tas d'activités non-commerciales sur Internet. Chez les producteurs d'information, par exemple. Mais l'infrastructure était toujours restée au secteur marchand. Un certain nombre d'entreprises ou d'associations, impliquées dans la fourniture d'accès Internet ou dans le développement et l'hébergement de sites Web, ont décidé de franchir une étape, et d'acquérir une plus grande indépendance par rapport aux fournisseurs de connectivité.

Gitoyen est né ainsi, en février 2001. Gitoyen est un GIE, une structure économique de coopération (entre entreprises, par exemple, mais pas uniquement). Gitoyen regroupe une entreprise, Gandi, les célèbres voleurs (titre d'un article du Monde écrit par un de ses fondateurs) qui vendent des noms de domaine, une autre entreprise, Netaktiv (issue de la structure Internatif), qui connecte entre autres l'imprimerie d'où est sortie ce numéro de Rouge, et où travaille votre serviteur, et trois associations, Globenet, Placenet et FDN. Ces cinq structures représentent la grande majorité des fournisseurs Internet non-marchands en France : il ne manque que Neuronnexion et le RAS.

Pour l'instant, Gitoyen est petit : il n'est pas encore question de poser des câbles transatlantiques ou de lancer des satellites. Ni même de passer de la fibre optique dans les égoûts (allumer une telle fibre nécessite une licence d'opérateur L33, que l'ART vend très cher). Gitoyen a d'abord travaillé à monter une connectivité Internet qui ne dépende pas d'un fournisseur particulier. Ainsi, Gitoyen a démarré avec plusieurs points de présence physiques, chacun connecté à plusieurs opérateurs différents. Dans ces points de présence, les organisations membres de Gitoyen peuvent installer leurs machines et faire bénéficier leurs membres ou clients de cette connexion.

Gitoyen a donc déjà un pied dans la porte : il est présent dans ces grandes salles où les opérateurs Internet se connectent entre eux, et il peut bénéficier de tarifs qui ne sont pas celui de la petite association de base.

Les tarifs des fournisseurs de connectivité dépendent en effet beaucoup de la taille du "tuyau" qu'on achète. En gros, les pauvres paient plus que les riches : car ils achètent au détail, ce qui, dans le monde des télécoms, est très cher. D'où le regroupement en GIE, pour des organisations à la culture très différente, et qui n'avaient pas l'intention de fusionner.

Mais le but de Gitoyen n'est pas simplement de faire de la connectivité Internet pas cher : les marchands font cela aussi (jusqu'à la gratuité : tout est bon pour amener des clients au cybermarché).

Le but de Gitoyen est de mettre en place une infrastucture qui sera utilisée par ceux qui sont actifs, ceux qui communiquent, ceux qui ont quelque chose à dire. Des services tout nouveaux font aujourd'hui leur apparition sur Internet, qui cassent encore plus la vieille logique du média à sens unique. Ce sont les technologies dites "peer to peer", comme Freenet. Gitoyen espère bien être un de ceux qui leur fourniront leur connexion, quant les opérateurs marchands se concentrent sur les services traditionnels, comme le Web.

http://www.gitoyen.net - info@gitoyen.net

- - Stéphane Bortzmeyer
bortzmeyer@gitoyen.net


Auteur(s) : Stéphane Bortzmeyer
Date : 21 novembre 2001

PS
<www.web1901.org> est installé sur une machine dans une baie de Gitoyen (à Interxion) et est donc connecté à 100 % via Gitoyen.

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