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Les usages au SudLa pénétration des NTIC touche le monde entier ; l'Afrique n'échappe pas à cette vague déferlante mais les conditions d'accès et les modes d'usage y sont bien particuliers. Le marché mondial de l'informatique et du multimédia est tel que l'on peut, sans trop s'avancer, prévoir une pénétration croissante de ces produits sur le continent africain. Quelques privilégiés bénéficieront bien sûr de facilités pour les utiliser et des dernières innovations notamment les organisations de taille importante et celles installées dans ou à proximité d'un centre urbain. Mais le déploiement du réseau téléphonique et l'amélioration de ses performances permettra aussi la connexion au réseau Internet de localités aujourd'hui encore isolées. D'ores et déjà, les associations oeuvrant en Afrique peuvent donc investir et mettre en œuvre des systèmes d'information et de communication intégrant les NTIC et Internet. Elles doivent simplement considérer ces technologies pour ce qu'elles sont : des outils et des pratiques permettant d'améliorer et de consolider l'existant ! L'identification des besoins en information et communication et les moyens à mettre en œuvre pour y répondre reste la priorité ; sachant que les "bénéficiaires" doivent recevoir une information correspondant non seulement à leur besoin mais aussi à leur statut (cadres, producteurs, femmes, population d'une localité,....), à leur niveau de compréhension et d'éducation, ainsi qu'à l'équipement auquel ils peuvent accéder pour exploiter l'information (ordinateur, téléphone, fax, télévision, radiocassette, centre de documentation, télécentre). Internet en Afrique : conditions d'utilisation Ces dernières années, l'implantation d'Internet sur le continent africain s'est généralisée. Si toute l'Afrique peut aujourd'hui se connecter au réseau mondial, tous les pays ne bénéficient pas des mêmes conditions d'utilisation. Parmi les nombreux indicateurs qui mettent en lumière les disparités importantes d'un pays à l'autre, retenons les 3 plus importants en présentant des exemples pour chacun :
Les télécentres Un télécentre peut se définir comme un lieu physique où l'on fournit au public un accès aux technologies de l'information et de la communication : téléphone, fax, photocopieuse, équipement informatique et logiciels de bureautique. Le premier télécentre fut établi dans le milieu des années 80 au sein d'une communauté agricole de Suède, comme un moyen pour déployer de façon équitable les nouveaux réseaux de télécommunication, permettant aux communautés rurales isolées de renforcer leurs liens sociaux avec l'ensemble du pays et d'établir des relations d'ordre économique avec le monde extérieur. Dès le début des années 90, le déploiement du réseau Internet en dehors des universités et des centres de recherche permet aux télécentres d'ajouter à leurs services l'accès à l'utilisation du courrier électronique et la consultation de contenus "délocalisés" sur des serveurs Web distants. Sur le continent africain, l'appellation "télécentre" désigne communément une boutique privée regroupant une ou plusieurs cabines téléphoniques dans un local, permettant à la population environnante de disposer d'un accès de proximité au téléphone sans avoir à supporter les charges d'installation et d'abonnement d'une ligne privée. Au Sénégal (comme au Kenya et au Ghana), leur développement est considérable : on comptait 10 000 télécentres en 2000 dont plus de la moitié sur la presqu'île de Dakar. Ceux qui ont ajouté la connexion Internet à leurs services sont majoritairement situés en milieu urbain (capitale et villes secondaires), hébergés dans une petite (ou très petite) entreprise dont l'activité économique principale concerne au moins l'un des trois secteurs marchands suivants : matériel informatique, bureautique et "consommables", matériel téléphonique (fax, portable), services de bureautique (saisie et traitement de documents, formation à l'utilisation de logiciels). Les télécentres communautaires Le modèle de "télécentre communautaire polyvalent" (TCP) se rapproche, dans le concept, du modèle "originel" occidental ciblant le monde rural. Il est issu d'une démarche "projet" construite par des agences de coopération multilatérales à la fin des années 90 suite au plan d'action de l'ONU pour le développement rural intégré [1]. Des projets pilotes de TCP sont financés dans 5 pays africains [2], localisés dans des villes secondaires éloignées des capitales et disposant d'un système de télécommunication autonome (radio ou satellite). En plus des fonctions de "télécentre connecté", les TCP proposent des formations, toute une gamme de services d'information (accès aux informations administratives locales et nationales) et mettent en ligne des expériences et des savoirs locaux. Les premières évaluations insistent sur les difficultés techniques rencontrées (maintenance du matériel difficile en milieu rural) et sur la durabilité improbable en cas de fin des subventions ! En Afrique francophone (cas de Tombouctou au Mali), l'implication forte de l'opérateur national des télécommunications et de l'administration locale qui reste " en voie de décentralisation " ne facilite pas l'appropriation du projet par la société civile. En Afrique anglophone (cas de Nakaseke en Ouganda), le modèle "communautaire" est plus en adéquation avec les institutions locales (Local Council) : elles subventionnent une partie du fonctionnement du TCP avec les impôts locaux et en confient contractuellement la gestion quotidienne à une société privée. Un autre modèle de télécentre connecté s'applique au milieu rural africain. Il s'appuie sur une association ou une organisation à but non lucratif qui, en plus de ses activités dans le développement rural, met à la disposition du public des ordinateurs connectés installés dans ses locaux et dans ses antennes. Le cas de l'ONG béninoise Songhaï est aujourd'hui le seul connu fonctionnant en Afrique francophone. Cette organisation se définit comme un " centre de formation, de production, de recherche et de développement en agriculture durable, […] visant à élever le niveau de vie des populations en utilisant les ressources locales, les méthodes traditionnelles et modernes ". Grâce à ses télécentres du réseau béninois des téléservices communautaires décentralisés, Songhaï amène les NTIC aux communautés rurales afin de diffuser ses résultats et de faciliter l'acquisition et l'échange d'expériences entre les composantes du monde rural national et international [3]. Songhaï apparaît comme la seule organisation envisageant Internet comme un outil de communication complétant des méthodes et des supports plus classiques déjà utilisés par cette dernière. Perspectives pour le développement rural africain De nombreux ingénieurs des télécommunications ont pour principale préoccupation de connecter les communautés rurales au plus vite au réseau mondial en palliant l'absence de téléphone (ou sa vétusté) par des moyens techniques plus sophistiqués (satellite, boucle radio). Les praticiens de la communication pour le développement restent pragmatiques et proposent plutôt que soient connectées en priorité les organisations de base et les organisations d'appui aux communautés, qui possèdent déjà une pratique de formation, d'information et de conseil par des médias plus classiques comme les radios rurales et communautaires, la diffusion de cassettes audio et vidéo, la distribution de bulletins, journaux et affiches. Ces organisations sont nombreuses dans le monde rural : collectivités locales, fédérations d'organisations de producteurs, organisations d'appui au monde rural, sièges de réseaux et de médias spécialisés sur le monde rural, centres de documentation et de formation, bibliothèques. Elles peuvent utiliser les NTIC et Internet pour améliorer leur fonctionnement général, accéder à des sources d'information distantes, échanger avec des partenaires sectoriels ou thématiques. Ces usages nouveaux se répercuteront dans les contenus diffusés par les organisations vers leur public respectif (administrés, membres, adhérents, lecteurs). Ils leur permettront aussi d'augmenter le capital, aujourd'hui très réduit, d'informations électroniques tant sur l'environnement local et national dans lesquels ils agissent, que sur leurs savoirs, leurs expériences de terrain et leurs produits documentaires. Certaines organisations comme les collectivités locales et les organisations de producteurs disposant, en dehors des principales villes, d'antennes, de délégations ou de correspondants équipés d'une ligne téléphonique peuvent se doter d'ordinateurs connectés pour relayer les messages de leur base et leur faciliter l'accès à Internet en se spécialisant dans des initiations et des conseils de "navigation" appliqués à leurs domaines de compétence (sites Web et listes de diffusion mais aussi cédéroms). Gilles Mersadier Sites
Bibliographie
[2] Mali, Ouganda, Mozambique, Tanzanie et Bénin [3] Ces informations sont issues du site Web de Songhaï (http://www.songhai.org) et de leur publication trimestrielle " L'Aigle de Shonghaï" dont le numéro 37 (second trimestre 1999) est consacré aux NTIC. |
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