[Web1901] [SMSI-99] De quoi parle-t-on ?
Hervé Le Crosnier
herve at info.unicaen.fr
Mer 3 Sep 23:17:03 CEST 2003
Pour dynamiser votre rentrée - sociale, politique, associative...
Bonne lecture,
Eve.
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Attention : ce message fait partie d'une série, un pari idiot,
qui consiste à envoyer 100 petits papiers sur la "société de l'information"
et la préparation du SMSI, dans les 100 jours
qui précèdent le SMSI (Sommet Mondial de la Société de l'Information)
qui se tiendra à Genève en décembre 2003.
Je ne cherche nullement à inonder le monde de ma prose. Je préfère au
contraire écrire à celles et ceux qui ont envie de lire. J'arrêterai
demain de passer par des listes publiques pour faire connaître ce
nouveau fil d'information.
Si vous souhaitez continuer à recevoir ces messages, inscrivez-vous sur
http://smsi.airlibre.org
à partir du 3 septembre au soir...
Les archives seront publiques à http://smsi.airlibre.org
Vous pouvez sans autre autorisation que celle-ci, diffuser ces textes,
les placer sur vos sites web... évidemment sans les modifier,
et si possible en laissant le cartouche d'origine (texte en bas).
That's all folks, comme on dit à Genève.
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Bonjour,
Quand l'ONU mandate l'Union Internationale des
Télécommunications pour organiser en deux temps (Genève en
décembre 2003 puis Tunis en 2005) un "Sommet Mondial sur la
Société de l'Information", elle considère comme acquis que
chacun sait évidemment de quoi il cause. Que la définition même
de cette fameuse "société de l'information" est largement
partagée. Outre le fait qu'elle est belle, forcément belle,
elle possède tous les attraits nécessaires à une bonne
négociation internationale : la société de l'information va
résoudre les problèmes que l'on a pas su résoudre auparavant.
Fabuleux.
Quand vient l'heure d'écrire noir sur blanc la "Déclaration de
principes" qui doit être paraphée le 6 décembre, on en appelle
encore à l'unanimisme béat. Désolés, mais en prose
intergouvernementale, ça prend six lignes : "Face à des
problèmes complexes et changeants, nous tous - représentants des
gouvernements, du secteur privé et de la société civile - avons
des objectifs qui exigent de nouvelles formes de solidarité, de
partenariat et de coopération devant nous permettre d'assumer
nos responsabilités, en particulier en diffusant notre vision
commune de la société de l'information et en adoptant un plan
d'action destiné à concrétiser les principes établis" (point 6,
projet de déclaration du 18 juillet) .
Quand on commence à me vendre de l'intérêt commun, de la vision
partagée, de la solidarité entre les secteurs du commerce et
ceux du monde associatif, j'ai un réflexe de recul. Quoi donc,
les vieilles oppositions qui ont traversé les siècles
précédents, de Spartacus à Gandhi, d'Olympe de Gouge à Martin
Luther King, n'étaient que billevesées s'effaçant devant
Saint Silicium. "Nous" avons une "vision commune" sans que je
le sache, et avec elle évidemment, "Nous allons gagner".
Formidable, Allez les bleus !
Dont act, quelle est donc cette merveilleuse vision commune...
c'est l'objectif du point suivant, le "nouveau 7C", doublement
entre crochets, donc encore à débattre, même si elle est déjà
commune et que "nous" allons tous la diffuser en coeur. Là, ça
commence à sentir son cours de "force de vente" à plein nez.
Mais ne nous laissons pas décourager : "7C : La société de
l'information vers laquelle nous tendons est une société où le
développement très poussé de l'infrastructure en matière de TIC,
l'accès équitable et généralisé à l'information, l'existence
d'un contenu adapté dans des formats accessibles et l'efficacité
de la communication permettront d'aider les individus et les
communautés à se réaliser pleinement, à promouvoir le
développement économique, social, culturel et politique, à
améliorer la qualité de la vie et à réduire la pauvreté, la
faim et l'exclusion sociale".
Et vous voudriez encore faire des critiques après ça. On sent
bien que vous ne respectez rien, et surtout pas celles et ceux
qui ont tant besoin...
Bon, actuellement, les TIC créeraient plutôt du désordre, des
inégalités. Les pays les plus pauvres s'enfoncent, quand la
rapidité de circulation de l'information entre les pôles de
"communication efficace" accroît leur main-mise sur le monde,
et oriente son développement vers les seuls secteurs qui leur
permettent de maintenir cette "avance". Mais faut regarder
"demain" pour y voir clair, quand tout le monde sera aussi
efficace dans sa communication. Et si vous vous rappelez que
l'on nous a joué la même chanson il y a trente ans dans
l'idologie du "développement", qu'avec l'industrialisation
efficace des pays pauvres, la faim disparaîtrait, et bien
c'est une nouvelle preuve que vous pratiquez la "mauvaise
langue".
Mais en filigrane, on retrouve aussi une définition de la
société de l'information qui fait fi de l'information
justement : on parle infrastructure, communication, et donc
nouveaux marchés mondiaux pour les équipements et les
technologies. Et on parle de "l'existence de contenu adapté"
pour dire que la question n'est pas la capacité du citoyen
du monde à accéder à ces contenus (il faudrait complètement
revoir la méthode de financement de l'information et briser
bien des monopoles, comme nous le montre la question des
médicaments). Leur existence même suffit, qui se résoudra dans
l'émergence d'un "marché de l'information". Alors même que la
nature de l'information (réplicable à coût nul et qui peut être
diffusée à un tiers sans priver personne) permet de poser
des questions nouvelles sur l'économie de l'immatériel.
Pour l'instant ce marché est dominé par les transnationales
de la communication, de l'entertainment, des médias, et du
logiciel, qui cherchent à maintenir leur monopole sur les
"contenus" en transformant cette "abondance" en rareté par
les règles de la propriété intellectuelle. Et dès
lors, leur poids essentiel dans l'organisation du monde
fait que ces questions essentielles, celles qui sont liées
directement à l'information, la connaissance, les méthodes
de leur production et de leur diffusion/échange, sont placées
en dehors des résolutions de ce "SMSI".
La nature de l'information, "bien public global", et le
type de société que l'on peut construire en s'appuyant sur
l'accès mondial aux biens de connaissance sont renvoyés
à d'autres instances. La Chambre de commerce internationale
a suggéré l'OMC, et les Etats se sont empressés d'acquiesser :
"Tous les pays devraient adhérer aux accords internationaux de
politique commerciale visant à mettre en oeuvre et à faciliter
la libéralisation et la réforme de la réglementation" (variante
41D de la Déclaration).
En diagonale, le monde merveilleux de l'information c'est
l'organisation des tuyaux sur ressources publiques pour que la
libéralisation avance en transformant la connaissance en une
ressource strictement commerciale.
Mais puisque c'est pour "réduire la pauvreté, la faim et
l'exclusion sociale"...
Hervé Le Crosnier
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verser du vinaigre sur le consensus mou et promouvoir une société de
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