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Maison de la Nature et de l'Environnement
mnelille at free.fr
Mar 22 Juil 10:24:32 CEST 2003
La dernière mauvaise nouvelle pour Microsoft est venue du Japon le 8
juillet, où le gouvernement étudie de près la possibilité d'utiliser le
système d'exploitation Linux, concurrent du Windows de la firme de
Seattle, pour gérer la paie de ses 800 000 fonctionnaires. Fin mai,
c'était la ville de Munich qui optait pour Linux malgré la visite de
Steve Ballmer, le patron de l'entreprise créée par Bill Gates, venu
plaider sa cause dans la capitale bavaroise.
Aucun doute, les logiciels libres, dont Linux est le plus connu, sont
devenus un concurrent plus que sérieux de Microsoft sur le terrain des
administrations et des collectivités locales. /«Une véritable
explosion»,/ confirme le responsable informatique d'un ministère
français. De quoi secouer la firme de Seattle qui riposte, comme elle
peut, à grandes rasades de communiqués triomphants lorsqu'un contrat est
emporté contre Linux, comme dernièrement pour les villes de Turku
(Finlande), Riga (Lettonie) et Francfort (Allemagne).
D'où vient cet engouement ? Les logiciels libres sont un modèle curieux,
issu du militantisme et du non-marchand (lire ci-dessous). Leur
conception est assurée par des milliers de programmeurs partout dans le
monde, souvent de façon bénévole. Le logiciel lui-même est copiable
gratuitement, et son code source (ses secrets de fabrication) est
disponible, autorisant la modification sur mesure par les clients. Tout
le contraire des logiciels «propriétaires», avec ceux de Microsoft au
premier chef, dont le code source est soigneusement gardé secret.
Indépendance. Pour les administrations, les logiciels libres disposent
d'un paquet d'avantages : indépendance vis-à-vis des éditeurs,
adaptation des logiciels à des besoins spécifiques. Mais aussi le prix,
tout simplement. /«C'est un moyen d'obtenir plus avec l'argent des
contribuables européens»,/ déclare un fonctionnaire de la Commission
européenne. Un argument d'autant plus percutant en période de disette
budgétaire.
En France, le temps semble lointain où, début 2000, le ministère de la
Culture jouait les iconoclastes en annonçant la bascule progressive de
400 serveurs (de gros ordinateurs) sous Linux. Suivi quelques mois plus
tard par le ministère des Finances. Ces derniers mois, le phénomène a
connu une accélération notable. /«Les logiciels libres ne font plus
peur»,/ explique Jean-Paul Degorce-Dumas, de l'Agence pour le
développement de l'administration électronique, service dépendant de
Matignon.
*Mutualisation. *Après avoir pris une part importante du marché des
serveurs, les logiciels libres s'invitent désormais aussi sur les
ordinateurs des utilisateurs, où Microsoft est ultradominant, avec plus
de 9 ordinateurs sur 10 équipés de Windows, son système d'exploitation,
tandis que son traitement de texte Word truste l'immense majorité des
postes. A Munich, par exemple, les 14 000 postes des fonctionnaires ont
été équipés de Linux. A l'hôpital d'Avranches-Granville (Normandie), 400
postes ont reçu le clone «libre» de la suite bureautique de Microsoft,
OpenOffice. Tout comme les commissariats français, tous en train de
basculer progressivement, après une décision du ministère de l'Intérieur.
A tel point qu'un nombre croissant d'administrations envisagent de
développer elles-mêmes des logiciels libres pour les partager. A Paris,
le portail Lutèce, conçu pour les besoins de la municipalité, vient
ainsi d'être mis à la disposition de toutes les collectivités qui le
désirent. /«Les logiciels libres sont un bon moyen de mutualiser ce type
d'investissement public»,/ remarque Jean-Paul Degorce-Dumas.
Pour les éditeurs de logiciels propriétaires, cette montée en puissance
du «libre» n'a rien de réjouissant. Et Microsoft s'est engagé dans une
offensive tous azimuts, avec le lancement d'un programme autorisant sous
contrôle l'ouverture du code source de Windows aux Etats qui le
désirent. Mais aussi en bataillant ferme sur les prix. A Munich, selon
le quotidien /USA Today,/ l'offre a ainsi été baissée de 35 % dans
l'espoir d'emporter le morceau. En mai, le /New York Times/ révélait le
contenu d'un e-mail interne : /«En AUCUN cas ne perdez un marché face à
Linux»,/ écrivait le responsable des ventes mondiales Orlando Ayala. Il
s'agit aussi d'éviter que les Etats et les administrations n'encouragent
explicitement l'usage des logiciels libres face aux «propriétaires». Et
pour éviter cela, l'arme le plus efficace reste le lobbying. Microsoft
bombarde ainsi la Commission européenne de courriers. /«On va finir par
embaucher quelqu'un juste pour leur répondre»,/ raille un fonctionnaire
européen.